For­ma­tion des ensei­gnants : une catas­trophe… organisée !

29 Oct, 2025Com­mu­ni­qué

Der­nier ava­tar d’une « mas­te­ri­sa­tion » qui a détour­né les étu­diants des concours d’enseignement, la réforme de la for­ma­tion des ensei­gnants et des concours a été pas­sée en force au prin­temps 2025 par Éli­sa­beth Borne, avec une copie stric­te­ment iden­tique à celle de Nicole Bel­lou­bet l’année pré­cé­dente (voir ici). En consé­quence, la FNEC FP-FO a réité­ré sa reven­di­ca­tion de mora­toire de cette réforme.

Trois filières en licence et deux concours en paral­lèle : ou com­ment perdre les étudiants

Au niveau licence, les col­lègues des UFR et INSPÉ ont été contraints de conce­voir dans la plus grande pré­ci­pi­ta­tion de nou­velles maquettes, pour les futurs PE exemp­tés d’épreuves écrites, pour les pré­pa­ra­tion­naires du concours PE « nor­mal » ain­si que, dans chaque dis­ci­pline, pour les étu­diants pré­pa­rant les CAPES et autres concours du second degré.

Au niveau mas­ter, ils ont dû amé­na­ger des « par­cours » pour les actuels étu­diants de mas­ter sou­hai­tant pas­ser le concours en L3 et en pré­voir pour les étu­diants de licence qui réus­si­raient le concours en L3.

Les étu­diants (en par­ti­cu­lier ceux entrant en L3) ont été aver­tis au der­nier moment, avec très peu d’informations sur les épreuves de concours comme sur le cur­sus post-concours.

Inéga­li­té géné­ra­li­sée pour les étudiants

Tous les dépar­te­ments uni­ver­si­taires concer­nés et les INSPÉ ont « bidouillé » pour s’adapter aux nou­veaux concours tout en refor­ma­tant les mas­ters MEEF, main­te­nus en théo­rie pour deux années encore. Mais les dota­tions horaires pour ce faire sont rare­ment au ren­dez-vous, en rai­son de bud­gets uni­ver­si­taires déjà exsangues. Les nom­breuses « mutua­li­sa­tions » entre par­cours amputent et les horaires des pré­pa­ra­tions aux concours et les for­ma­tions dis­pen­sées post-concours. Et les situa­tions se sont dif­fé­ren­ciées à la mesure des diver­si­tés dans la pénu­rie ou des « poli­tiques de site ». Résul­tat : de fortes inéga­li­tés ter­ri­to­riales devant les concours.

Doubles concours : des mil­liers de postes per­dus et une baisse pré­vi­sible du nombre de lauréats

Les concours en L3 néces­sitent de déblo­quer des postes en plus de ceux pré­vus pour les concours au niveau mas­ter 2. Ces 7147 postes des­ti­nés à accom­pa­gner la réforme des concours, ce sont autant d’enseignants en moins dans les classes des pre­miers et seconds degrés dès main­te­nant. C’est aus­si moins d’enseignants demain, puisque des étu­diants de mas­ter vont réus­sir les deux concours et qu’il y aura donc moins de lau­réats. Beau­coup de postes mis au concours ne seront donc pas pourvus.

« Cali­bra­tion » des concours : des dis­pa­ri­tions de for­ma­tions ou de sites INSPÉ 

Autres consé­quences néga­tives en chaîne : les rec­to­rats ont « cali­bré » ou répar­ti les postes entre les concours M2 et L3 en fonc­tion des réus­sites qu’ils estiment pré­vi­sibles aux concours. La « cali­bra­tion » a mani­fes­te­ment été faite « au doigt mouillé » et de manière très diverse selon les académies.

Mais ses effets des­truc­teurs sur le maillage de for­ma­tion des ensei­gnants sont déjà très concrets. Ain­si sont agen­dées pour l’année pro­chaine des mises en sur­sis ou même des dis­pa­ri­tions de sites INSPÉ. Dans l’académie de Rennes, par exemple, Quim­per est mena­cé et Vannes est voué à la dis­pa­ri­tion dès l’année pro­chaine. En ce der­nier cas, le site et la for­ma­tion pour les PE seraient même concé­dés… à l’enseignement catholique !

Quant aux col­lègues qui ensei­gnaient jusqu’à pré­sent dans ces sites INSPÉ, ils sont libres d’aller trou­ver du tra­vail à près d’une cen­taine de kilo­mètres (les sites INSPÉ de l’académie de Rennes dépen­dant de l’université de Brest…).

Au pas­sage, le gou­ver­ne­ment fait quelques dégâts sup­plé­men­taires en sour­dine, comme la sup­pres­sion cette année de concours du second degré, ain­si du CAPES et de l’agrégation de portugais…

Une machine à fabri­quer des contrac­tuels : des étu­diants de M1 ou de L3 pous­sés vers la sortie

Que feront les actuels étu­diants de M1 qui n’auraient pas réus­si le concours L3 ? La pos­si­bi­li­té de pas­ser le concours en fin de M2 en 2027 leur est en théo­rie ouverte. Encore faut-il pour cela que des heures soient déblo­quées pour cette pré­pa­ra­tion. Compte tenu de la situa­tion de détresse bud­gé­taire de nombre d’universités, rien n’est moins sûr.

De même, dans beau­coup d’universités, rien n’est pré­vu au niveau mas­ter pour les étu­diants de L3 qui ne réus­si­raient pas le concours (PE ou CAPES). À Saint-Étienne, à Tou­louse, il n’est pas ques­tion pour les uni­ver­si­tés de déblo­quer les heures néces­saires à un « par­cours » de mas­ter pour les L3 non lauréats.

Étu­diants de Mas­ter ou de L3 échouant au nou­veau concours L3 sont ain­si pous­sés vers la sor­tie. La conclu­sion est évi­dente : ils seront embau­chés par l’Éducation natio­nale en tant que contrac­tuels sous-payés.

Face à cette catas­trophe orga­ni­sée, la FNEC FP-FO exige :

  • le main­tien de tous les sites de for­ma­tion, le main­tien de tous les per­son­nels en place : aucune mobi­li­té for­cée, aucune sup­pres­sion de postes dans le supérieur ;
  • les dota­tions bud­gé­taires sup­plé­men­taires néces­saires pour que per­sonne ne soit lais­sé au bord du che­min, que par­tout en 2026–27 les étu­diants de M1 aient la pos­si­bi­li­té de pas­ser les concours en M2 en 202, les étu­diants de L3 non lau­réats de pour­suivre en master.

Et elle réaf­firme ses reven­di­ca­tions : 

  • Retour à des épreuves dis­ci­pli­naires pour les concours, avec en amont des licences disciplinaires ;
  • Aucune inéga­li­té devant le concours, les mêmes épreuves pour toutes et tous ;
  • Aban­don de la « mas­te­ri­sa­tion », concours au niveau licence avec une for­ma­tion rému­né­rée à plein temps sous sta­tut, éven­tuel­le­ment recon­nue comme valant grade de master.

Enfin, en pla­çant les uni­ver­si­tés dans l’impossibilité bud­gé­taire de répondre posi­ti­ve­ment aux demandes des étu­diants, le bud­get Macron-Lecor­nu-Gef­fray-Bap­tiste confère à cette réforme toute sa poten­tia­li­té des­truc­trice. Ce bud­get de guerre, impo­sé aux tra­vailleurs par d’indignes trac­ta­tions poli­ti­ciennes, doit être pure­ment et sim­ple­ment aban­don­né. De l’argent pour l’École, pas pour la guerre !

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