Réforme des concours et de la « for­ma­tion des ensei­gnants » : un concen­tré de ter­ri­to­ria­li­sa­tion et de contractualisation

18 Mai, 2020Sta­giaires

Dans ce domaine comme dans d’autres, la crise du Covid-19 n’a aucu­ne­ment inflé­chi les pro­jets du minis­tère : en effet la nou­velle pré­sen­ta­tion le 14 mai du pro­jet d’arrêté « fixant le cadre natio­nal des for­ma­tions dis­pen­sées au sein des mas­ters MEEF » enkyste la « mas­te­ri­sa­tion », accroît la contrac­tua­li­sa­tion et consti­tue une attaque en règle contre les concours et les statuts.

Le ren­for­ce­ment de la « masterisation »

La réforme de la « mas­te­ri­sa­tion », que la FNEC-FP FO a com­bat­tue dès l’origine, a délé­gué aux uni­ver­si­tés auto­nomes et à leurs INSPÉ la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle ini­tiale des fonc­tion­naires qui devrait être à la charge de l’État employeur. Le pro­jet d’arrêté réitère que ne pour­ront être nom­més comme pro­fes­seurs sta­giaires que ceux ayant réus­si non seule­ment leur concours mais aus­si leur master !

Un même concours mais des pré­pa­ra­tions différentes

Uti­li­sant à plein les pos­si­bi­li­tés ouvertes par la défi­ni­tion auto­nome des mas­ters, le minis­tère entend « lais­ser le choix » de la période des « 12 mois consé­cu­tifs » d’alternance sous contrat pré­vue dans le nou­veau cur­sus des mas­ters, « lais­ser le choix » de la place des 12 semaines de stage qui vien­dront com­plé­ter, pour les non contrac­tuels, les 6 semaines de stages pré­vues durant la 1ère année. Ain­si les pré­pa­ra­tions aux concours comme le dérou­le­ment et le conte­nu des mas­ters pour­ront dif­fé­rer sen­si­ble­ment d’une INSPÉ et d’une uni­ver­si­té à l’autre : le même concours mais pas le même mas­ter, le même concours mais pas la même pré­pa­ra­tion ? Ce serait la fin pro­gram­mée des concours nationaux.

Un accès au concours qui n’est plus garan­ti à tous

Ren­voyant aux uni­ver­si­taires et col­lègues des INSPÉ la res­pon­sa­bi­li­té de la sélec­tion à l’entrée du mas­ter, le minis­tère laisse même la pos­si­bi­li­té de « choi­sir » de n’accueillir que des étu­diants qui seront sous contrat, c’est- à‑dire d’éliminer d’emblée tous les autres étu­diants qui sou­hai­te­raient accé­der à la pro­fes­sion ensei­gnante. Il serait donc de fait inter­dit à ces der­niers de pas­ser le concours. Ce serait l’assèchement pro­gram­mé des recru­te­ments statutaires.

Une machine à « for­mer » … des contractuels

Les étu­diants qui seront en alter­nance seront sous contrat pen­dant « 12 mois consé­cu­tifs ». Leur ser­vice heb­do­ma­daire n’est pas pré­ci­sé. Autre­ment dit, ils seront tout sim­ple­ment contrac­tuels et pour­ront ser­vir de moyens de rem­pla­ce­ment « bouche-trous ». Ceci y com­pris à plein temps, comme c’est expli­ci­te­ment pré­vu pour ceux pré­pa­rant le concours de CPE et comme ce n’est pas inter­dit pour les autres.

Une entrée plus tar­dive dans la car­rière, sans revalorisation

Le pro­jet d’arrêté place le pas­sage du concours en deuxième semestre de l’année de M2. Ain­si l’accès au sta­tut de fonc­tion­naire est encore retar­dé d’une année entière. Et le minis­tère pré­tend ren­for­cer l’«attractivité » de la pro­fes­sion ensei­gnante ! Ceci ne pour­ra que décou­ra­ger un plus grand nombre de can­di­dats. En outre aucune recon­nais­sance de la qua­li­fi­ca­tion sup­plé­men­taire acquise n’est prévue.

Fin pro­gram­mée du carac­tère dis­ci­pli­naire des concours et des masters

Le der­nier semestre de mas­ter étant dévo­lu au pas­sage du concours, il reste 30 semaines uni­ver­si­taires dis­po­nibles. Les périodes cou­vertes par l’alternance ou les stages couvrent au total 18 semaines. Concrè­te­ment il en res­te­rait donc… 12 qui pour­raient être consa­crées à la pré­pa­ra­tion aux épreuves des concours.

Dans les mas­ters, à Bac+5, l’enseignement dis­ci­pli­naire ne serait plus déli­vré qu’à dose homéo­pa­thique ! C’est la néga­tion du carac­tère dis­ci­pli­naire donc uni­ver­si­taire des masters.

Par voie de consé­quence, de quelles exi­gences dis­ci­pli­naires pour­raient bien être por­teuses les épreuves des concours ? C’est la néga­tion de l’enseignement cri­tique et de l’autonomie péda­go­gique. La « pro­fes­sion­na­li­sa­tion », c’est la confor­ma­tion d’enseignants aux attentes de la hié­rar­chie, c’est aus­si le pro­fi­lage de pro­fes­seurs conformes aux réformes Blanquer.

Un pas sup­plé­men­taire vers l’annualisation des services

Le minis­tère uti­lise l’arrêté pour intro­duire la notion d’«obligation régle­men­taire de ser­vice annuelle cumu­lée », réduite des deux tiers pour les contrac­tuels étu­diants. C’est un coin sup­plé­men­taire enfon­cé dans la défi­ni­tion heb­do­ma­daire des ORS pour aller vers l’annualisation des ser­vices dans le cadre des 1607 H pour tous.

Fin de la réduc­tion des obli­ga­tions de ser­vice heb­do­ma­daires des fonc­tion­naires stagiaires

Pour ceux qui réus­si­raient mal­gré tout et le concours et le mas­ter MEEF et qui se retrou­ve­raient donc fonc­tion­naires sta­giaires, les condi­tions seraient bien plus dif­fi­ciles qu’auparavant : en effet, il n’y aurait plus de réduc­tion du ser­vice d’enseignement heb­do­ma­daire, le minis­tère pré­voit des « décharges » ponc­tuelles pour les jours de for­ma­tion qui resteraient.

Mobi­li­té for­cée pour tous les col­lègues des INSPÉ

Les mas­ters MEEF sont-ils les CFA du pro­fes­so­rat ? C’est ce qu’implique la réforme, avec dans un volume d’heures d’enseignement réduit, la néces­si­té d’introduire un tiers d’intervenants externes à l’INSPÉ, y com­pris des « asso­cia­tifs » qui par­ti­ci­pe­raient à l’évaluation, contre la laï­ci­té et la qua­li­fi­ca­tion requises pour for­mer des pro­fes­seurs. À terme, tous les col­lègues en poste en INSPÉ seraient concer­nés par des « redé­ploie­ments », en direc­tion du secon­daire pour les col­lègues PRAG-PRCE, d’autres com­po­santes uni­ver­si­taires pour les ensei­gnants- chercheurs.

La pré­ca­ri­sa­tion, la contrac­tua­li­sa­tion, la ter­ri­to­ria­li­sa­tion, la mise en cause des sta­tuts et des mis­sions por­tées par la loi de Trans­for­ma­tion de la Fonc­tion publique et le pro­jet de loi de pro­gram­ma­tion plu­ri­an­nuelle dans l’enseigne- ment supé­rieur et la recherche sont aus­si à l’œuvre dans la réforme des concours et des mas­ters MEEF. L’objectif n’est autre que la mise en extinc­tion du sta­tut de la Fonc­tion publique. La réforme des retraites, en fai­sant dis­pa­raître le salaire conti­nué que consti­tue la pen­sion, liée au sta­tut de fonc­tion­naire, vien­drait ver­rouiller le tout. Pour la FNEC-FP FO, c’est inacceptable.

La FNEC FP-FO revendique :

  • l’abandon de la « mas­te­ri­sa­tion » et de la réforme Blan­quer de la for­ma­tion des ensei­gnants qui déplace le concours en fin de master ;
  • un recru­te­ment au niveau Bac+3, avec une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle sous statut ;
  • des concours fon­dés sur la véri­fi­ca­tion objec­tive des connais­sances des candidats ;
  • le main­tien de l’agrégation comme concours post M1 (ancienne maîtrise) ;
  • le main­tien pour tous du sta­tut et des droits sta­tu­taires, avec pour les ensei­gnants des ORS hebdomadaires ;
  • l’abrogation de la loi de trans­for­ma­tion de la fonc­tion publique et l’abandon défi­ni­tif du pro­jet de réforme des retraites.

Mon­treuil le 18 mai 2020

Bul­le­tin n°9 Actua­li­tés FNEC FP-FO : En poste à l’étranger

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