19 octobre 2026

4 min de lecture

Courrier au ministre : mise en danger des personnels et des élèves dans le cadre des mobilisations

M. Edouard Geffray

Ministre de l’Éducation nationale

110, rue de Gre­nelle 75007 PARIS

Objet : mise en dan­ger des per­son­nels et des élèves dans le cadre des mobilisations

Mon­sieur le Ministre,

Notre Fédé­ra­tion sou­haite vous aler­ter de nou­veau sur la mise en dan­ger des per­son­nels et des élèves résul­tant du refus du gou­ver­ne­ment de répondre aux reven­di­ca­tions por­tées par le mou­ve­ment lycéen, pri­vi­lé­giant la répres­sion. Cette esca­lade répres­sive a fran­chi un cran sup­plé­men­taire ces der­niers jours, qui sus­cite non seule­ment l’indignation, mais l’inquiétude crois­sante des personnels.

L’instrumentalisation des forces de police afin d’étouffer l’expression démo­cra­tique des reven­di­ca­tions ne conduit qu’à atti­ser les ten­sions et mettre en dan­ger la sécu­ri­té de tous. Nous appor­tons à nou­veau notre sou­tien aux per­son­nels et notam­ment aux per­son­nels de direc­tion qui se retrouvent en pre­mière ligne, trans­for­més en boucs émis­saires de la colère des élèves, et qui, pour cer­tains, ont été vic­times de vio­lences. Or, ce que nous avons vu ces der­niers jours n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu.

En effet, jeu­di 15 octobre, au lycée Paul Éluard de Saint-Denis, alors que des élèves s’étaient ras­sem­blés dans le calme avec des ensei­gnants et des assis­tants d’éducation, en pré­sence d’élus, sans com­mettre aucune dégra­da­tion et sans blo­quer l’accès aux cours, les forces de l’ordre ont pro­cé­dé, vers 10 h 30, à une inter­ven­tion d’une bru­ta­li­té que rien ne jus­ti­fiait, fai­sant usage, sans som­ma­tion, de bâtons de défense et de gaz lacry­mo­gène. Vers 13 h 00 alors qu’un élève crai­gnant d’être inter­pe­lé cher­chait refuge dans son éta­blis­se­ment, des agents de la BAC se sont intro­duits dans les locaux pour l’emmener. Des per­son­nels cho­qués par cette situa­tion se sont interposés.

Ce ven­dre­di 16 octobre, lors d’un ras­sem­ble­ment orga­ni­sé devant le lycée Hen­ri Wal­lon à Auber­vil­liers, un pro­fes­seur a été mena­cé à l’aide d’un taser, tan­dis qu’un pro­fes­seur et une élève ont été interpelés.

Ces évè­ne­ments sur­viennent dans une situa­tion où le gou­ver­ne­ment a choi­si de trai­ter les mobi­li­sa­tions des lycéens pour leurs reven­di­ca­tions comme des « vio­lences urbaines » qu’il s’agirait uni­que­ment de répri­mer sans prendre en compte leurs demandes.

La consé­quence d’un tel choix, ce sont, en à peine trois semaines, près de 8 000 inter­pel­la­tions et mises en garde à vue, dont 85 % concernent des mineurs, soit un nombre plus impor­tant que lors du mou­ve­ment des gilets jaunes qui a duré plus d’un an. Des élèves sont inter­pe­lés sur le che­min du lycée, d’autres direc­te­ment à leur domi­cile, puis pla­cés en garde à vue. Dans un article du Canard Enchaî­né publié le 13 octobre, un com­mis­saire explique que « le but de la manœuvre est d’effrayer les élèves et leurs parents pour stop­per au plus vite la fronde ».

Cette esca­lade répres­sive doit cesser.

Mon­sieur le ministre, alors même que, dans votre cir­cu­laire de ren­trée du 7 mai der­nier, vous avez ins­crit « l’amélioration du cli­mat sco­laire » et « la pro­tec­tion de nos élèves » par­mi les prio­ri­tés de cette année sco­laire 2026–2027, il relève de votre res­pon­sa­bi­li­té de faire res­pec­ter le fait que les éta­blis­se­ments sco­laires demeurent des enceintes pro­té­gées dans les­quelles les élèves et les per­son­nels doivent pou­voir se sen­tir en sécu­ri­té, ce qui exclut toute inter­ven­tion intem­pes­tive des forces de l’ordre en vue d’intimider et de répri­mer des mani­fes­tants par­ti­ci­pants à un ras­sem­ble­ment revendicatif.

Des familles et des per­son­nels nous alertent sur des menaces de sanc­tions admi­nis­tra­tives. En par­ti­cu­lier, le sujet du jus­ti­fi­ca­tif d’absence devient source de pres­sion, d’intimidation, voire de répres­sion. Nous deman­dons que les absences liées à la mobi­li­sa­tion ne soient pas ins­crites dans le dos­sier sco­laire (bul­le­tins, appré­cia­tions…), et que ces absences ne soient d’aucune manière prises en compte dans les com­mis­sions d’examen des vœux, en par­ti­cu­lier dans Parcoursup.

Si le déclen­che­ment de pro­cé­dures dis­ci­pli­naires s’avère néces­saire dans cer­tains cas pré­vus par les textes régle­men­taires, il nous semble oppor­tun de veiller à ce que la bien­veillance et la recherche de l’apaisement soient pri­vi­lé­giées. Nous venons d’apprendre dans un dépar­te­ment que des conseils de dis­ci­pline auraient été convo­qués sur la base des seuls témoi­gnages de policiers.

Dans un lycée, des per­son­nels ont décou­vert sur Pro­note des mes­sages d’un poli­cier deman­dant de signa­ler mani­fes­ta­tions, ban­de­roles et pan­cartes. Nous rap­pe­lons que les per­son­nels de direc­tion, de même que les équipes ensei­gnantes, n’ont pas voca­tion à être trans­for­més en auxi­liaires de police.

Aucun jeune ni aucun per­son­nel ne doit avoir peur de par­ti­ci­per à un ras­sem­ble­ment ou une mani­fes­ta­tion pour défendre des droits et expri­mer des reven­di­ca­tions, de même qu’aucun jeune, ni aucun per­son­nel ne doit craindre d’être pour­sui­vi jusqu’à l’intérieur de son éta­blis­se­ment pour une telle action qui relève de l’exercice des liber­tés indi­vi­duelles et collectives.

Les lycéens mobi­li­sés depuis trois semaines pour obte­nir de meilleures condi­tions d’études et défendre leur droit à un ave­nir ne peuvent être confon­dus avec des délin­quants. Leurs reven­di­ca­tions sont légi­times et rejoignent celles des per­son­nels que nous repré­sen­tons. Elles doivent être enten­dues et satis­faites, et non étouf­fées par une répres­sion aveugle.

Nous deman­dons la fin des inter­ven­tions poli­cières à l’intérieur des éta­blis­se­ments, la levée des sanc­tions et des pour­suites à l’encontre des élèves en rai­son de leur par­ti­ci­pa­tion aux mobilisations.

Nous sol­li­ci­tons une audience afin de vous pré­sen­ter les situa­tions dont nous avons connais­sance et nos reven­di­ca­tions. Nous atten­dons aus­si de cette audience qu’elle éta­blisse ce que fait notre employeur concrè­te­ment pour garan­tir notre sécu­ri­té et pro­té­ger les per­son­nels comme les élèves.

Je vous prie de croire, Mon­sieur le Ministre, à l’assurance de ma par­faite considération.

Clé­ment Poul­let, secré­taire géné­ral de la FNEC FP-FO

Document

PDF

Courrier au ministre : mise en danger des personnels et des élèves dans le cadre des mobilisations

Dernières actualités

Action, Communiqués

19 octobre 2026

Vie chère, salaires gelés, répression : le 17 octobre, des foules immenses ont défilé partout en France. La FNEC FP-FO détaille ses sept revendications, de Parcoursup aux AESH, et appelle à préparer une grève massive le 5 novembre.

Communiqués

16 octobre 2026

Police dans les établissements, interpellations en masse, professeurs déplacés « comme des pions » : la FNEC FP-FO dénonce un cran franchi et appelle à se réunir pour décider de la suite, avec des rendez-vous les 17 octobre et 5 novembre.

Communiqués, Hygiène et sécurité/FS

16 octobre 2026

Après les tirs au fusil de chasse au collège Lakanal d'Aubagne, FO a fait retenir en F3SCT une reprise échelonnée, une cellule psychologique et des renforts. Mais pour la FNEC FP-FO, sécurité, infirmière, médecin scolaire et postes restent des revendications en suspens.